1 mars 2009

A new project

A lire en écoutant : Bat For Lashes - Good Love




Cher lecteur,

je ne t'ai pas adressé de missive depuis quelques temps et pourtant... Pourtant, l'actualité de l'art contemporain est riche : de sa santé financière symbolisée par les ventes records de la collection YSL, à son goût pour la polémique soutenu par l'exposition "Our body", jusqu'à son inévitable exubérance kitsch portée par Mr LaChapelle.
Pourtant, mon oeil porte aujourd'hui son regard vers d'autres horizons et travaille avec acharnement et sans relâche à l'élaboration d'un magazine culturel, dont il te tiendra informé dès son lancement.

A toi de nous revoir...
Merci à Alain Rémond et Jérôme Garcin.

25 janvier 2009

Inédite intrusion dans la série

A voir en écoutant : Komeda - A Simple Formality



Cher lecteur,


et voilà que ça augmente. Non, pas mon portefeuille-actions géré par Madoff (et pourtant, je comptais sur lui pour rattraper mes pertes Kerviel) ; non, pas le nombre de films de qualité distribués dans les salles U.*.C (bientôt mon abonnement échoit et je ne pourrai échapper à un Dany Boon) ; non, pas le nombre de publicités sur la télévision publique (Taddei avant 2 heures du matin, c'est bon pour ma productivité diurne). Non, je te parle du nombre d'enfants par Française : 2,1 !

Je dois t'avouer qu'en ces temps de crise, cela ne m'arrange pas du tout. Tous ces cadeaux à offrir pour les naissances de ces 2,1 : les petits Enzo, Lea, Lucas, Ines, sans compter le petit Jordan, 3 ans, qui fait ses premiers pas dans le basket. Aussi, je profite des soldes pour partir à la recherche d'un ballon faisant l'objet d'une deuxième démarque. Quel soulagement j'éprouve en pénétrant dans l'espace Claude Berri lorsque mon regard se porte sur le ballon de basket intégré dans l'installation de Stéphane Calais. Et quel ballon ! En effet, au sol, il porte une resplendissante plume d'indien. J'imagine déjà la joie du petit Jordan !

Rassuré quant à l'aboutissement de ma quête, je découvre le travail de Stéphane Calais sur la série. Pour son mur de sérigraphies sur papier "La Pléiade", l'artiste utilise la méthode de la reproduction qui vise à créer une multitude d'images identiques ; finalement, il la détourne en concevant une multitude d'images... uniques. Partant de huit portraits distincts, Stéphane Calais les superpose pour obtenir une forme inédite jusqu'à parvenir à saturation lorsque la totalité des portraits sont combinés.

Apparemment très éloignée de la série, l'installation reprend néanmoins le principe de la superposition. Ici, des éléments disparates du quotidien sont assemblés afin de parvenir à un syncrétisme. Les ballons de basket, les plumes, les macramés, issus de temps différents, sont tous sollicités par l'artiste donnant à voir un ensemble singulier dans lequel, pourtant, la confusion persiste.

Et si je m'emparais du ballon pour l'offrir au petit Jordan, l'installation conserverait-elle toujours le même sens ?

A toi de voir...
Merci à Alain Rémond et Jérôme Garcin.


Stéphane Calais
"Ornements, crimes et délices"
Espace Claude Berri
du 24/01/09 au 28/03/09
4 passage Sainte Avoye
75003 Paris
www.espace-claudeberri.com





Coming opening
"La galerie a vingt ans (II) - Clair obscur"
Richard Müller, Benjamin Nachtwey, Claire-Lise Petitjean
vernissage le mardi 27 janvier, de 18h à 21h30
exposition du 27/01/09 au 03/03/2009
galerie La Ferronnerie
40 rue de la Folie-Mericourt 75011 Paris

18 janvier 2009

Meilleurs voeux...

A voir en écoutant : Bruce Springsteen - The Wrestler



Alors voilà. Nous y sommes en 2009.
Je suis donc supposé, cher lecteur, te souhaiter une excellente nouvelle année. Mais dès ce mois de janvier, mon oeil a perdu sa naïveté.
Une école de l'ONU bombardée, un hôpital touché par un obus, 355 enfants tués. Pénurie d'eau, pénurie d'électricité, pénurie de nourriture.
Mon oeil a la nausée.
Brièvement, pourtant, une lueur d'espoir s'empare de lui. Rony Brauman, Eric Hazan, les Physicians for Human Rights-Israel, Elias Sanbar et Stéphane Hessel sont parmi les responsables. Gageons que, peut-être, raison sera retrouvée.
Aussi, malgré tout, mon oeil
reviendra prochainement te narrer ses découvertes artistiques. Malgré tout, il t'invitera cette année à sortir des galeries pour dénicher l'art qui se loge dans notre anodin quotidien. Malgré tout, il t'embarquera dans sa quête de la compréhension d'un genre de l'art contemporain : les installations (puissent-elles être comprises).
Aussi, malgré tout, mon oeil te souhaite une belle et artistiquement riche année 2009.

A toi de voir...
Merci à Mahmoud Darwich.

Coming opening
"Sauvage" Antoine Gamard et Edwin Goodwrite
vernissage le jeudi 19 février 2009, de 18h à 21h
galerie Bailly Contemporain
25 quai de Voltaire 75007 Paris

14 décembre 2008

Sur la toile - N°2 : JR

A voir en écoutant : Erkyah Badu w/ Madlib - Real Thing



Dimanche 14 décembre 2008. Les Freaux : -11 degrés, Piau Engaly : -9 degrés, Mauléon-Licharre : 2 degrés. N'étant hélas pas né en Sibérie tétant un biberon boosté à la БЕЛОЕ ЗОЛОТО et coiffé d'une chapka, je ne suis hélas pas armé pour affronter d'abyssales températures. Cette déficience semble pourtant être aujourd'hui un atout ; en effet, elle me permet, au gré d'une ballade webesque imposée, de prendre connaissance du projet actuellement mené par JR.

Ne vois pas dans ces évocations de la Sibérie et de JR, une intention de te replonger dans une période froide des 80's ; en effet, JR n'est pas le texan dont la Sue Ellen aurait aimé goûter la БЕЛОЕ ЗОЛОТО si le contexte politique le lui avait permis. Le JR dont je te parle aujourd'hui est le photographe parisien qui avait précédemment réalisé les projets "Portraits d'une génération" et "Face 2 Face".

De clic en clic, mon oeil se pose sur "Women are Heroes". Sillonant le Kenya, le Soudan, le Sierra-Leone et le Liberia, JR rencontre des femmes meurtries par les violences. Il témoigne des discriminations subies par cette moitié de la population, discriminations accrues par les conflits déchirant ces régions. Il écoute les viols, les brutalités, les tortures. Il voit les larmes, les souffrances, les plaies morales. Et il réalise des portraits éclatants, noir et blanc, où les femmes, qu'on imaginerait volontiers brisées de l'intérieur, s'exposent dans toute leur vitalité. Il utilise un objectif 28 millimètres, grand angle qui permet un large cadrage et donne un effet bombé à la prise du vue. JR parvient ainsi à souligner la vigueur des grimaces malicieuses des femmes photographiées.

Le projet de JR interroge. Certes, les portraits sont d'une esthétique maîtrisée et singulière ; pourtant, leur limite n'est pas leur qualité artistique. Même si JR expose dans les grandes villes européennes pour interpeller notre regard occidental quant aux destins de ces femmes et créer un lien entre deux mondes parallèles, l'ambition première est de confronter les photographies à l'environnement dans lequel elles ont été réalisées. En affichant les portraits sur les façades des villes du Sierra-Leone ou du Liberia, il questionne les populations locales et impose de rendre aux femmes leur digne statut.

Soulignons-le, dans son projet "Woman are heroes", JR rend compte de réalités sociales et culturelles en parvenant à éviter les travers du voyeurisme et du misérabilisme.

A toi de surfer...

Merci à Steve Jobs et Bill Gates.

30 novembre 2008

Quand les grands esprits se rencontrent...

A voir en écoutant : Nas - Surviving The Times



Cher lecteur,


je réalise aujourd'hui qu'au cours de nos derniers échanges, je n'ai pas eu l'occasion de te parler de celui qui, en quelques jours, a occupé davantage de couverture médiatique que notre président après plus d'un an de règne (un challenge qui n'est pas à la portée du tout venant...). Sur sa fiche wiki, trois mots le définissent : Hawai, Afro-américain, Sénateur. Sur ses lèvres, trois mots définissent l'espoir : "Yes we can".
Alors qu'en ces lendemains d'élections historiques, la question qui obsède la plupart de nos contemporains est de savoir ce que fera le premier président noir américain, celle qui me taraude en repensant à ma visite de la galerie Jean-Marc Patras est plus essentielle : Barack Hussein Obama, 44e président des Etats-Unis, sera-t-il le 15e portrait de la série African Spirits de Samuel Fosso ?

Au gré de mes pérégrinations maraisiennes, j'ai en effet découvert par hasard les photographies de Samuel Fosso.

Immédiatement impressionné par la dimension des portraits (110 x 85), je suis ensuite admiratif de leur composition, de leur simplicité mais aussi de leur qualité technique inédite. Surtout, je te l'avoue (car maintenant, on se dit tout, n'est-ce pas ?) mon oeil naïf, après avoir parcouru l'ensemble des "toiles", ne comprend que trop tard la supercherie : je suis tombé dans le piège des mises en scène de l'auteur... Il faut un certain temps à mon regard - cette fois peu averti - pour remarquer que, sur chaque cliché, je suis face au même usurpateur d'identités, Samuel Fosso en personne.

Photographe précoce, Samuel Fosso est cet enfant de 13 ans qui ouvrait seul son studio à Bangui, avec comme inscription quasi-publicitaire sur son comptoir : "Vous serez beau, chic, délicat et facile à reconnaître". C'est le même homme qui se travestit aujourd'hui devant son propre objectif, dans un décor usant, en les revisitant, les codes du studio traditionnel africain, afin de réaliser des caricatures minutieuses et éminemment modernes.

La série African Spirits est une autre étape dans le travail de Samuel Fosso : en choisissant de rassembler sous la bannière des esprits africains 14 grandes figures d'une "identité noire", il fait appel à une mémoire collective et visuelle forte.
Ces grands esprits ont tous leur image inscrite dans nos souvenirs.

Ce poing levé à Mexico, ce doigt pointé à Memphis, cette afro revendicatrice, mais aussi la bague au croissant de Malcom X, les lunettes de Patrice Lumumba, les décorations militaires d'Hailé Sélassié : ces éléments ont figé des icônes, aujourd'hui reconnaissables par leurs seuls attributs et attitudes. L'autoportrait échappe ainsi à son auteur : il disparaît derrière le masque de ses modèles. Ici, ce sont les détails qui font l'histoire.

Le travail de Samuel Fosso n'est donc pas simplement photographique. Il réside pour une grande part dans la préparation et la performance de l'artiste : son corps est transformé dans un portrait christique de Mohammed Ali et son regard transfiguré dans celui de Martin Luther King.

Quand on lui pose la question, il avoue "j'emprunte une identité. Pour réussir, je me plonge dans l'état physique et mental nécessaire. C'est une façon d'échapper à moi-même".

A toi de voir...

Merci à Alain Rémond et Jérôme Garcin.

Samuel Fosso
"African Spirits"
Du 25/10/2008 au 25/03/2009
Jean-Marc Patras / galerie
8 rue Sainte Anastase
75003 Paris

http://www.jeanmarcpatras.com/

16 novembre 2008

Vanitas vanitatum omnia vanitas

A voir en écoutant : Nina Simone - Suzanne



Cher lecteur,


Paris. Novembre 2008. Mois de la Photo.
J'aurais pu choisir de te parler de la Magnum Gallery ou du Palais de Tokyo. Mais il me semble avoir entraperçu ton abonnement à Télérama.
J'aurais pu choisir de te parler des sous-Avedon (béni soit le jour où ils comprendront enfin qu'un portrait face objectif sur fond blanc n'est pas obligatoirement digne d'intérêt), des Goldin-bis (si je veux me faire voyeur, myspace fera l'affaire) ou des pseudo-Michals (c'est ainsi, peu sont élus génies de la mise en scène). Mais il me semble que je me risquerais à marcher sur les plates-bandes de Technikart.
Aussi, je t'invite à me suivre hors des sentiers du Mois de la Photo, à l'Association Alfred Reth où Aline Boutin propose une exposition des photographies de Rachel Levy.

Pourquoi ?

Parce qu'il est bon de renouer avec la subtilité.
Les photographies de Rachel Levy sont délicates. Pas précieuses, mais fines. Les couleurs des pétales y sont simplement retranscrites dans toute leur complexe nuance et les authentiques ombres projetées sont une apparition cinématographique. L'épure n'est pas uniquement là pour se faire esthète, au contraire, elle souligne les aspérités.

Parce que des fleurs peuvent faire l'objet de portraits.
Les fleurs de Rachel Levy sont des personnages. Rebelle, sophistiquée, timorée, chacune donne à voir son tempérament, le caractère individuel des portraits venant souligner la personnification. Détaillant leur posture, je me surprends à deviner un mouvement derrière l'apparent immobilisme.

Parce que le travail de Rachel Levy actualise les vanités.
La photographe fait une proposition originale en recourant à ces fleurs, que la fraîcheur a quittées mais que le flétrissement n'a pas encore totalement condamnées, pour évoquer la précarité de la vie. Memento mori.
Le temps a laissé ses stigmates. Forcément. Le vécu a marqué son empreinte. Forcément. La finalité du vivant n'a plus qu'à être acceptée puisque le terme du parcours se rapproche. Pourtant, la beauté, débarrassée de son éphémère illusion, gagne en affirmation. L'apparente fragilité est finalement gommée par une force bravache. N'oeuvrant plus pour plaire, les fleurs photographiées par Rachel Levy sont dignes.

A toi de voir...

Merci à Alain Rémond et Jérôme Garcin.

Aline Boutin et l'Association Alfred Reth expose Rachel Levy
du 14/11/08 au 06/12/08
34 boulevard de l'Hôpital
75005 Paris
http://rachellevy.perso.cegetel.net/


2 novembre 2008

Everybody kawaii

A voir en écoutant : Soko - I’ll Kill Her



Cher lecteur,


je sais ton impatience à connaître la suite de mes aventures visuelles à l'incontournâââble galerie Emmanuel Perrotin. Après la tiède découverte de la chaise de Pharrell Williams qui s'était déjà répandue sur la blogosphère comme un millionnaire dérouté fond sur l'art contemporain, je fais face aux oeuvres de Mr. présentées à l'exposition "Nobody dies" et dont l'intérêt réside dans l'esthétisme "kawaii" et plus encore dans les interrogations qu'elles suscitent.

Appartenant au collectif Kaikai Kiki dirigé par Takashi Murakami, Mr. puise son inspiration dans les codes et l'imagerie populaire des mangas. A ce titre, les toiles colorées et teintées de feinte naïveté offrent des personnages féminins, tous adolescents, aux yeux rondement disproportionnés et aux cheveux tantôt roses tantôt verts.

Le film de 30 minutes que l'artiste a réalisé avec de jeunes actrices intègre lui aussi l'univers kitsch et enfantin de la bande-dessinée japonaise. Ces adolescentes, sorties du pensionnat, s'amusent à la guerre lorsque prises dans les pièges du jeu, elles font l'apprentissage de nouvelles sensations, de la peur au galvanisme de la témérité. Au-delà de la représentation codifiée, je retiens dans l'art de Mr. le travail sur la perspective et le sens aigu de la narration portée par la composition de la toile et la forme du support.

Je suis frappée par les contradictions propres aux lolitas de Mr. Armées, en position de combat, elles font figure de véritables soldats mais restent profondément ancrées au monde de l'enfance, souffrant vraisemblablement du syndrome Peter Pan. Après tout, il ne s'agit là que d'un jeu dans lequel "nobody dies"...
Je me questionne : le manga est le moyen d'expression de Mr.. Est-il sa limite ou une source qu'il revisite sans cesse ?


A toi de voir...

Merci à Alain Rémond et Jérôme Garcin.

Mr.
du 21/10/08 au 10/01/09
Galerie Emmanuel Perrotin
10 impasse Saint Claude
75003 Paris
www.galerieperrotin.com

26 octobre 2008

Une chaise pour deux

A voir en écoutant : TV On The Radio - Love Dog




Cher lecteur,


la question à deux millions (de yen, parce qu'il grimpe) : quel est l'homme qui a fondé un groupe hip hop-rock, qui produit la quasi-totalité des teens' artistes, qui s'acoquine avec l'élitiste Louis Vuitton pour créer bijoux et lunettes et qui détient deux lignes de vêtements fabriquées au Japon (encore lui) en série très limitée parce que la pénurie crée la demande ? Non, ce n'est pas Shiva ayant reconverti ses quatre bras dans l'entertainment, ni Superman ayant recyclé ses super-pouvoirs pour détenir le monopole de la Hype. Ladies & Gentlemen, let me introduce you to... Pharrell Williams !!

Si je te parle aujourd'hui de ce trentenaire, ce n'est pourtant pas pour les raisons évoquées plus haut mais parce que Mr Williams présente ses nouvelles créations design à la galerie Emmanuel Perrotin : des chaises, aux couleurs vives, aux surfaces brillantes et douces, à l'assise peau ou cuir, avec quatre vrais pieds et jambes, tantôt masculins, tantôt féminins. Morphodesign, quand tu reviens... Car il est faible de dire que les créations de Mr Williams ne révolutionneront ni l'art ni le design.

D'abord, la forme. Charles et Ray Eames avaient déjà conçu en 1948 une chaise à coque moulée. Ensuite, l'intégration de membres humains dans le mobilier. Souvenons-nous de la chaise "L'homme" de Ruth Franken datant de 1971. Mais après tout, me rétorqueras-tu, l'appréciation d'une oeuvre ne s'établit pas à l'aune de son originalité par rapport aux créations qui l'ont précédée. Peut-être pour saisir des subtilités qui m'auraient échappé, je décide d'interroger Pharrell présent en duplex lors du vernissage.
Quant au propos de ses oeuvres, l'artiste, qui ne mentionnera jamais l'érotisme suggéré, m'explique son intention de concevoir un mobilier dans lequel le corps humain se glisserait comme dans un vêtement. La forme invite ainsi au confort du corps, le siège anthropomorphe renvoyant à la position de l'homme assis.

Art ou design ? Peu importe pour Pharrell ; celui qui regarde l'oeuvre n'aura qu'à choisir. Alors que Pharrell intègre ses chaises à un processus de création globale, au même titre que sa production musicale ou ses réalisations vestimentaires, tous participant à son accomplissement artistique, je choisis d'y voir l'oeuvre, gangrenée par la facilité, d'un américain décomplexé surfant sur la vague d'un revival pop-art avec, il faut le reconnaître, un savoureux mélange composé d'une pincée d'avant-gardisme et d'un soupçon d'opportunisme joyeux.
Et pourtant, la galerie Emmanuel Perrotin réserve d'autres surprises.
La suite au prochain épisode...

A toi de voir...
Merci à Domeau et Pérès.

Pharrell Williams
"Perspective"
du 21/10/08 au 10/01/09
Galerie Emmanuel Perrotin
10 impasse Saint-Claude
75003 Paris
www.galerieperrotin.com/

19 octobre 2008

Provocation ?

A voir en écoutant : Miilkbone - Keep It Real


Cher lecteur,


les parisiens et les parisiennes s'entassent dans un espace de 39.000 m2 pour l'inauguration du 104, événement que chacun avait pris soin de noter dans son iPhone et autre Blackberry. Tous observent, avec une perplexité qu'ils tentent de dissimuler, certaines oeuvres dont la vocation dernière est d'être intelligibles.

Dans un souci d'originalité (snobisme ?), je délaisse le 104 rue d'Aubervilliers pour le 78 rue Amelot où la galerie Magda Danysz invite au vernissage d'Obey et de D-Face. Je suis bientôt rejoint par une curieuse foule identifiable à une affiche roulée, tantôt tenue sous le bras, tantôt dépassant du sac. J'apprends rapidement qu'il s'agit de l'affiche offerte par le 104 à ses visiteurs pour célébrer la consécration du temple auto-proclamé de l'art contemporain. Je m'interroge :
1. me trompe-je tant quant à ma prétendue originalité?
2. mais que fait le public du 104 à la galerie Magda Danysz ?

Concernant ma première interrogation, je t'éviterai les méandres de mon introspection (comme a dû dire un jour Woody Allen : "j'ai un psy").
Pour la deuxième, j'ai rapidement compris que face aux inintelligibles oeuvres du 104, les très compréhensibles travaux d'Obey et D-Face avaient pour mérite de rassurer les parisiens et les parisiennes.

Les deux artistes sont symptomatiques de la nouvelle génération de street-artistes vénérés par les galeristes. Exposés ici en parallèle, ils ont pour point commun d'inviter notre regard au-delà de l'image. L'un détourne les affiches de propagande russe tandis que l'autre a recours à l'imagerie publicitaire américaine des 50's. Tous deux visent à encourager le spectateur à reconsidérer les stéréotypes de la société de consommation (encore elle, toujours elle).

Portés par cette intention, Obey et D-Face transmettent des messages à la force de leur graphisme. Il peut s'agir d'injonction à la paix (un avion militaire détourné en signe Peace & Love ou un soldat dont la mitraillette est décorée du même symbole) ou d'invitation à l'égalité (le portrait de l'icône Angela Davis avec... le symbole Peace & Love). Parfois, ils s'en prennent à l'attraction suscitée par le dieu Argent. D-Face propose ainsi un billet d'un dollar (l'oeuvre en vaut 25.000, le dollar se réévaluerait-il ?) offrant une tête de mort ornée de deux ailes déplumées. Certains y voient de la "désobéissance visuelle" et parlent du comble de la provocation. Certes, le message est limpide - peut-être un peu trop - mais en matière de provocation, Mafalda faisait mieux et avec humour, en prime.
Pour ma part, les deux artistes n'atteignent pas totalement leur but de m'inviter à porter un autre regard sur mon environnement. La faute à la facilité. Néanmoins, je suis sensible à l'esthétique proposée. Obey est à compter parmi ceux qui ont contribué à l'évolution du Street-Art, le faisant passer de l'obligatoire simplisme originel (dans la rue, fallait faire vite) à l'actuelle complexité des oeuvres. En témoignent le méticuleux assemblage de pièces de journaux, l'utilisation sophistiquée du pochoir conjointement au rouleau et la bichromie.

Pari à moitié tenu donc pour Obey et D-Face. Mon conseil du jour : dans la famille Street-Art, je t'invite à (re)découvrir Banksy, son humour et la finesse de ses provocations.

A toi de voir...
Merci à Alain Rémond et Jérôme Garcin.



Exposition Obey + D-Face
Du 11/10/08 au 25/10/08
Galerie Magda Danysz
78 rue Amelot
75011 Paris
www.magda-gallery.com

12 octobre 2008

Des photos et des Hommes

A voir en écoutant : Nujabes - The Final View


Une Folie, donc. Une splendide Folie du XVIIIe siècle dans le XXe arrondissement (ben oui, je parle de la Folie au sens architectural, pas de celle qui domine les marchés financiers actuellement). Fière, droite, blanche, armée de quatre colonnes et cependant sobre. Je suis immédiatement charmé par le lieu.
Au Pavillon Carré de Baudouin donc, se tient ce jour-là le vernissage de l'exposition consacrée à Denis Darzacq. Forcément, j'imagine déjà une foule parisianiste hypeuse plutôt pressée pour cause de fashion week. Forcément puisque Mr Darzacq a reçu le 1er Prix Stories du World Press Photo 2007 (ça l'fait !), puisqu'il a été photo-journaliste pour Libération (ça l'fait ?) et puisqu'il a arpenté professionnellement quelques fameux plateaux de cinéma (Rivette, Satyajit Ray et Chantal Ackerman, ça l'fait !) et de clips video (Rita Mitsouko et Etienne Daho, ça l'fait !).

Totale erreur. La foule est multiple et authentique. Depuis les danseurs présents sur les photographies de Denis Darzacq qui prennent le temps de m'expliquer les méthodes de travail adoptées en passant par l'étudiante des Beaux-Arts jusqu'au père qui transmet à son jeune fils les plaisirs de la découverte artistique. Bref, des êtres humains.
Et ce sont d'autres hommes qui m'apparraîssent exposés sur les murs du Pavillon Carré de Baudouin. Casqués, flottant ou chutant, les hommes de Denis Darzacq sont d'abord des individus. Certes, la renommée du photographe s'est amplifiée lorsque ses oeuvres ont été mises en corrélation avec les "émeutes" de 2005 survenues dans les banlieues. Il est vrai également que les terrains de travail de Denis Darzacq se nomment Nanterre, Bobigny ou XIXe arrondissement. Pourtant, au-delà des cités et des entrées d'immeuble, je vois l'humain. Pas l'humain globalisé des gens du marketing, pas l'humain stéréotypé des lignes éditoriales, encore moins celui stigmatisé par les gens de la politique. Effectivement, face à moi, chaque regard, posture ou mouvement me renvoie l'image d'une individualité. Impossible de généraliser le regard que les modèles m'adressent, impossible de définir un état d'esprit commun, impossible de trouver un sentiment partagé par tous. Ils sont accablés ou décidés, fougueux ou sereins, fiers-à-bras ou usés.

L'homme de la rue.
La série "Ensembles" (1997-2000) propose un point de vue en hauteur. En l'absence de tout indicateur de lieu, les personnes photographiées organisent seules l'image. Elles se promènent bras enlacés, s'arrêtent pour échanger, se dirigent affairées ou abattues vers quelque autre lieu. Et toujours, leurs ombres les accompagnent. Jamais totalement seules, jamais totalement ensemble. En regardant ces photographies, je me fais voyeur de ces solitudes et me surprend à constater la mienne dans la galerie pourtant bondée.


Le visage de l'homme.
Dans "Bobigny Centre Ville" (2004-2005), Denis Darzacq fait le portrait individuel de résidents (tenus à résidence ?) de la cité, photographiés devant leur immeuble. Je n'y vois nul banlieusard, nul lascard ni autre 3e génération. Je rencontre Mame Sow, Djibril Koita ou Hamza Achik.

L'homme nu.
Ils sont tous nus mais sans le moindre soupçon d'érotisme. Laissant derrière eux leur standardisé pavillon, ils avancent décidés dans la série "Nu" (2003), aucune hésitation ni contrainte ne semble les atteindre. Quel est ce lieu vers lequel ils se dirigent ? Est-ce seulement un lieu ?

L'homme suspendu.
Que ce soit dans la série "La chute" (2006) ou dans la série "Hyper" (2007), l'homme de Denis Darzacq lévite et offre une image inattendue. Les danseurs sont capturés par l'oeil du photographe à l'instant précis où ils s'affranchissent des contraintes de l'apesanteur et de la pesanteur. La performance des modèles est évidente dans les figures aériennes qu'ils accomplissent. Néanmoins, aussi importante est la liberté que l'individu prend à l'égard du monde normalisé qui l'entoure, de l'urbanisation de la cité à l'hideuse esthétique des hypermarchés.


L'homme masqué.
Pour mon oeil, la série "Casques" (2007) est la moins évidente. Les casques apparaissent tels des masques portés par chaque personnage. Celui-ci, bien que dissimulé derrière son armure faciale laisse deviner sa personnalité au travers du choix des motifs de son casque. Pourtant, je préfère Denis Darzacq lorsqu'il photographie l'homme sans artifice.

A toi de voir...
Merci à Alain Rémond et Jérôme Garcin.




Le Pavillon Carré de Baudouin expose Denis Darzacq
du 03/10/2008 au 22/11/2008
119, 121 rue de Ménilmontant
75020 Paris